Place au Peuple

lundi 24 décembre 2018

Le téléphérique

Salut & Fraternité,

        Ce soir c'est le réveillon de la Noël, comme ils disent en Provence, alors histoire de changer radicalement de climat et de culture, je vous invite par le truchement d'une édifiante nouvelle de l'inénarrable Sylvain Tesson intitulée Le téléphérique, à gagner de l'altitude et à perdre des degrés Celcius pour vous retrouver à Zermatt :  


          "Il flottait dans le chalet l'odeur joyeuse du boudin. Le feu de bois se reflétait dans la glaçure des beignets. La nappe disparaissait sous les assiettes à motifs de rennes lapons, les pains d'épice luisaient. Les couronnes de l'Avent hérissées de quatre bougies rouges, quatre tours de cire, attendaient l'allumette. Des sucres d'orge pendaient aux branches du sapin que Gretel et Hans, douze et neuf ans, obèses tous les deux, ensevelissaient sous les guirlandes. Les arbres sont des saints : ils se laissent persécuter en silence. 

          Le chat, lui, s'était caché. Le Cervin déployait ses arêtes, il encadrait dans la fenêtre ses ailes de chauve-souris pétrifiées. Sa masse d'encre envahissait le ciel. Quelques heures auparavant, les faces schisteuses, balayées de traits pastel par les rayons du couchant, s'étaient reflétées dans l'argenterie, souveraines, silencieuses, nourries d'alpinistes qui avaient prétendu égratigner le rocher noir de leurs parois. À présent, seul le sommet s'éclairait d'un capuchon de lumière. Greta, la maman de Gretel et Hans, achevait de fourrer les caillettes. Elle résistait à l'envie de goûter à sa farce aux pruneaux : elle avait pris huit kilos depuis la Toussaint et luttait depuis lors contre le désir morbide d'enfourner des choses dans sa bouche. Il lui fallait encore préparer les coquillages, remplir les cassolettes de cèpes, mettre la bière de Noël au frais et transvaser le vin de miel dans les carafons de cristal, pour l'éventer. Afin de se donner du cœur, elle écoutait un groupe de yodeleurs tyroliens. Ces chanteurs en short de cuir avaient réussi l'exploit de traduire en musique la dégoulinade de la crème. 

         Dans quelques heures, parents et cousins arriveraient. Tout serait prêt. Comme chaque fois, comme à chaque Noël. Un traîneau glissa devant les fenêtres. Des rires fusèrent. Des gens crièrent des noms anglais, ils retenaient dans leurs moufles des paquets de couleur griffés de noms de couturiers. Tout à l'heure, sous les sapins, des mains blanches et fines ouvriraient des écrins Cartier et des boîtes orange Hermès. Zermatt vibrait des préparatifs de la fête. Noël était la plus parfaite entreprise de détournement spirituel de l'histoire de l'humanité. On avait transformé la célébration de la naissance d'un anarchiste égalitariste en un ensevelissement des êtres sous des tombereaux de cadeaux. Pour quelques heures, en ce 24 décembre, l'immense névrose européenne de l'après-guerre s'octroyait un répit, le temps d'ouvrir des paquets dans un bruit de mandibules d'insecte.

           Dans le chalet, il faisait 27°C. Le foie gras exsudait. Sur le bloc rose, les gouttes de graisse perlaient. C'était la même rosée qu'au-dessus de la lèvre supérieure de Greta. L'horloge de l'église sonna. « Déjà 5 heures? Étrange qu'ils ne soient pas rentrés », se dit Greta, à la vingt-cinquième huître. 

          Hans-Kristian Kipp, pharmacien bavarois, passait ses vacances de Noël à l'hôtel Mirabedau depuis quinze ans. Il introduisit une pièce de 5 francs suisses dans le télescope et le braqua sur le Klein Matterhorn. La cime du petit frère du Cervin était dans l'ombre elle aussi. On distinguait cependant le métal de la cabine du téléphérique. Elle oscillait au creux de la courbe du câble, entre deux pylônes meringués de glace. Kipp étouffa un juron. La silhouette d'un homme venait d'apparaître sur le toit de la benne, au-dessus du vide. Il était 5 h 10. Il faisait presque noir." 

          Pour lire la suite veuillez vous rendre sur le site d'Isabelle Foreau intitulé  L'être en lettres et cliquez juste là pour accéder à la page de son Calendrier de l'Avent afin de retrouver ici l'intégralité du texte... 

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc

 Source Illustration : Babelio

dimanche 23 décembre 2018

Apolitique... vous avez dit apolitique ?

Salut & Fraternité,

          Ils créent et diffusent des pétitions, remplissent des cahiers de doléances, occupent des ronds-points, ouvrent des barrières de péages, manifestent en province et à Paris, exigent la démission du Président de la République mais... ne font pas de politique ! Ben ouais quoi, la politique c'est bon pour les corrompus et les arrivistes, ma pauv' dame. On sait bien que ça ne sert strictement à rien d'autre qu'à l'enrichissement personnel, la politique. Jean Jaurès, s'il n'avait pas été assassiné, serait devenu millionnaire. Simone Veil s'est considérablement enrichie avec sa légalisation de l'avortement. Jean Leonetti est devenu plus célèbre qu'une rock star suite à sa loi relative aux droits des malades et à la fin de vie. Louise Michel est revenue de Nouvelle Calédonie propriétaire d'une immense mine de nickel. Tout le monde sait ça ! 

          La politique est aux Gilets Jaunes  ce que la prose était à Monsieur Jourdain : ils en font sans le savoir. Mieux encore : sans rien en vouloir savoir et surtout pas en connaître ! Pourtant, il en est plus d'un-e qui téléguident cette légitime colère à des fins infiniment... politiques. Cette dernière concernant l'organisation de la société, des affaires de l'Etat et de leur conduite, donc en clair ce qui est au coeur des revendications des Gilets Jaunes.  Cerise sur le gâteau, les médias mainsteam donnent essentiellement la parole à celles et ceux qui se prennent les pieds dans le tapis de contradictions de ce positionnement prétendu apolitique alors qu'il y en a d'autres plus pointus en matière d'analyse et d'argumentation mais les faire intervenir publiquement serait infiniment moins fun. Dans son roman intitulé "Les Mandarins", Simone de Beauvoir faisait dire en 1954 à Henri Perron, clone intellectuel d'Albert Camus : "Mais les types qui se déclarent apolitiques, ce sont des réactionnaires, fatalement.". La colère du peuple, quand elle est à plus forte raison légitime, demeure facilement instrumentalisable et manipulable. 

          Dans l'hypothèse d'une abdication macronique et/ou d'une dissolution de l'Assemblée Nationale quelle serait alors la couleur dominante du pays suite à de nouvelles élections ? Le rouge ? Le rose ? Le vert ? Le bleu ? Rien moins que le brun et si vous n'en êtes pas convaincu-e-s, lisez donc la chronique de Pierre Serna intitulée Yellow submarine... publiée le 21/12 dans l'Huma où il écrit "De deux choses l'une, ou bien par un miracle qui se fait attendre la gauche sait se réunir, se réinventer, s'unir et propose un programme clair aux gilets jaunes qui comprendront où sont leurs intérêts politiques, ou bien nous allons tout droit au fond des abysses avec les gilets jaunes plombés qui, quelles que soient leurs différences hétéroclites, voteront pour beaucoup d'entre eux, afin d'exprimer leur rage sociale et culturelle, pour la bête immonde et brune.". Renvoyant à l'excellente analyse de Zev Sternhell, "trop méconnu et toujours peu apprécié en France, pour avoir prouvé l'existence d'une droite révolutionnaire française à l'origine du fascisme européen, ce que les historiens patentés de Sciences-Po ne lui pardonneront jamais, et que les bien-pensants balayent d'un revers de main.", il tire la sonnette d'alarme mais y a-t'il encore suffisamment de femmes et d'hommes de bonne volonté pour l'entendre ? C'est vrai enfin quoi "...la France à l'origine du fascisme ? Allons ! Nous ne sommes pas des barbares nordiques et germains ou des sauvages méridionaux et italiens...". 

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. 



Jn-Mc

 Source Illustration : Facebook

vendredi 21 décembre 2018

Pauvre Ghosn !

Salut & Fraternité,

         Les actes successifs de la tragédie des Gilets Jaunes nous l'aurait presque fait oublier car il a été arrêté à Tokyo le 19/11, surlendemain de l'Acte I des mobilisations des porteurs de camisoles flavescentes. La coqueluche des Nippons s'est faite serrer pour soupçons de malversations financières alors qu'en France les gueux manifestaient d'abord contre les taxes et ensuite pour quelques Dollars de plus. Lui qui était tellement habitué au haut de l'affiche où il tutoyait les étoiles s'est brutalement retrouvé dans un cul de basse fosse du Pays du Soleil Levant. Fini les interviews par des journalistes de publireportage et autres cireurs de pompes car voici venu le temps des interrogatoires menés par la police. Fini le temps des working breakfasts livrés par les meilleurs traiteurs, des déjeuners d'affaires dans les meilleurs restaurants et des dîners de gala dans les palaces car voici venu le temps des trois bols de riz quotidiens. Dieu(x) qu'il a dû souffrir le pauvre Ghosn !

          Qu'il a dû souffrir car la nouvelle est tombée hier sur les téléscripteurs, comme on disait avant l'invention de l'Internet, il devrait très probablement être li-bé-ré de sa cellule de 6,5 m2 du Centre de Détention de Kosuge où durant un long mois il a vécu dans une austérité toute monacale. Libéré contre payement d'une caution à déterminer s'entend car le procès reste à venir. Ben ouais quoi, omettre de déclarer 5.000.000.000 de Yens c.a.d 39.224.366,35 d'€ selon le cours du 20/12/2018 ça signifie avoir les moyens de verser une caution garantissant la liberté conditionnelle ! Près de 2.845 années de SMIC, c'est pas juste une aumône. Carlos Ghosn voit grand, pèse lourd, enfin un peu moins depuis son mois de cure amaigrissante, il doit donc valoir cher !

          Ben oui mais non, c'est à se demander s'il y a encore une justice des riches et une justice des pauvres dans ce pays ! Ah mais c'est vrai, j'avais oublié que l'affaire se déroule dans une monarchie constitutionnelle d'Extrême-Orient et non au sein d'une république occidentale se targuant d'avoir abolit les privilèges ! Alors qu'il s'attendait à être li-bé-ré le pauvre chéri va devoir, suprême affront, passer encore dix jours en zonzon donc pas de Noël au balcon car la justice nippone, que les possédants estiment désormais anti Ghosn, vient de déposer dans ses petits souliers un troisième chef d'inculpation.     Il ne passera pas Noël avec ses proches ce cher homme connu pour son sens aigu de la solidarité familiale : 1.700.000 de $ versés par Nissan à sa soeur en échange d'aucun travail effectif, c'est du même acabit mais encore plus généreux que les modestes 813.440 € bruts encaissés par cette pauvrette de Penelope Fillon. Qui ne serait pas ému face à une telle manifestation d'un si parfait amour fraternel ? Carlos Ghosn n'est pas qu'un homme d'affaire mais aussi un bon samaritain ne manquant pas de ressources et dont les multiples talents vont encore être révélés par l'enquête car comme chacun sait "Il se passe toujours quelque chose à la samaritaine." !     



Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

Source Illustration : France Inter

jeudi 20 décembre 2018

RIC et nunc ?

Salut & Fraternité,

          Revendication non princeps des Gilets Jaunes le RIC, entendez Référendum d'Initiative Citoyenne, en devient le leitmotiv ad nauseam. Et pourtant que ces trois mots, pris isolément, sont doux ! Référendum, du latin "ce qui doit être rapporté", ça fait très démocratique. Initiative, qui en l'occurrence n'a rien à voir avec le syndicat du même nom, ça fait très start-up nation. Populaire, qui a très peu à voir avec la pop culture, ça envoie du pâté chez les poooooo_po-po-po-po_poo_poooo_populistes. D'ailleurs le terme plaît tellement à la droite capital-friendly européenne qu'elle l'a repris en bleu et or pour nommer dès 1976 sa formation politique PPE.

          J'sais pas vous, mais moi cette histoire me laisse on ne peut plus songeur... pour ne pas dire cauchemardeur. Qui soutient mordicus la nécessité de ce RIC dont les Gilets Jaunes n'ont cependant pas le monopole ? Qui est, à ce propos, l'inspirateur des pasionarias des ronds-points et des tartarins des barricades ? Jean Jaurès ? Victor Hugo ? Périclès ? Que nenni, foin d'illustres défunts mais le bien vivant Etienne Chouard soutien assumé d'Alain Soral, en clair une engeance d'extrême-droite au service des puissances d'argent qui se sert de la démocratie pour arriver au pouvoir et une fois en place muselle, voire même, extermine toute opposition. Mais Etienne Chouard, contrairement à la fille du nazie-nostalgique qui ne fait pas dans le détail, il est très propre sur lui, lisse, bien élevé et surtout... il connaît ses dossiers ! Si ces gens veulent le Référendum d'Initiative Populaire c'est pour mieux berner le peuple afin de le conduire, antiparlementarisme aidant, à marche forcée vers la régression sociale et s'exonérer de toute responsabilité en invoquant le principe sacré de la "vox pupuli vox dei". Ces immondes portes-flingue du capitalisme sont à vomir mais ils réussissent admirablement à faire avaler des couleuvres de plus en plus grosses à toujours plus de monde...

          Quid des Gilets Jaunes dont une partie seraient rouges, selon une enquête publiée hier par l'Humanité ? Environ 15% de "à Gauche" jusqu'à "très à Gauche" et 7,22% "très à Droite" ça peut sembler intéressant malgré les 50,76% "ni à gauche - ni à Droite" et les 19,39% qui ne se prononcent pas. Mais le Ni Droite Ni Gauche en France on sait ce que ça signifie. Pour celles et ceux qui l'ignorent veuillez vous référer à l'excellent ouvrage de Zev Sternhell. Une fois le "bon" peuple bien endoctriné ça peut basculer très vite. Alors que les Gilets Jaunes vraiment rouges tombent la veste et virent franchement à Gauche pour s'engager dans la lutte démocratique avec les forces politiques de Gauche. Quant aux dites forces de Gauche, ils serait grand temps que certains de leurs plus grands communs diviseurs mettent un terme à leurs dérives populistes, notamment l'imbuvable Corbière qui ne reculant devant rien soutient le RIC jusqu'à son application pour la remise en cause du Mariage pour Tous. Le RIC ici et maintenant, dans le climat actuel, ne nous y trompons pas, c'est offrir une magnifique piste d'envol à l'extrême-droite. Par contre un contrôle plus étroit de l'activité des élu-e-s, des mandats non cumulables et renouvelables seulement une fois, la possibilité effective de révoquer des élu-e-s impliqué-e-s dans des affaires ou changeant d'appartenance politique en cours de mandat ça c'est de la démocratie. Nous n'avons pas besoin de moins d'élu-e-s mais d'élu-e-s moins confortablement installé-e-s dans leurs fauteuils.

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc

 Source Illustration : Huffingtonpost

mercredi 19 décembre 2018

Du jaune au jaunasse...

Salut & Fraternité,

          Le jaune, maintes fois à la une des actualités depuis des semaines, n'est pas juste une couleur ou juste un mot. Comme en témoigne une étude de la professeure Adela-Marinela Stancu enseignant à la Faculté de Lettres de l'Université de Craiova en Roumanie, le champ sémantique de ce mot est très large. Peut-on, en regard de son histoire et de l'actualité, affirmer que "Jaunir, c'est mûrir un peu !" ? Rien n'est moins sûr...

          Couleur primaire la plus chaude, assimilée à celle su Soleil elle symbolise la puissance des divinités d'où ses connotations positives reliées à la fête, la joie, la vie et le mouvement. Associée en Occident à la richesses (or) en Chine elle fait aussi référence au pouvoir et à la sagesse d'où son opposition au noir avec lequel elle s'associe pour former les deux couleurs du sang du Dragon démiurge. Au Moyen-Âge, sous l'influence de l'Église Louis IX (1214-1270), plus communément nommé Saint Louis, obligea les Juifs à porter une rouelle jaune en signe d'infamie car considérés comme les alliés des Musulmans durant les Croisades (1095-1291) ce qui au XXe s. inspira forcément les Nazis. L'expression "jaune" signifiant "traître" remonte au XVe s. d'où au XVIe s. l'usage de peindre en jaune la porte de leur domicile. 

          Synonyme (teint jaune) et symbole de maladie (pavillon jaune pour le navire quarantaine) il renvoie aussi à la gêne d'où l'expression "rire jaune". Valorisé au XXe s. comme signe de la renaissance printanière (mimosa) et des richesses naturelle ( blé, maïs, miel,...). Avec le mauve il est aussi attaché à Pâques car renvoie à la lumière, l'éternité, la foi. Représentant également la connaissance et la science, plusieurs régions du monde lui ont assigné diverses fonctions : les conteneurs jaunes du tri sélectif pour l'Union Européenne, les taxis de New York mais aussi de Madère, le maillot du premier du classement du tour de France, les véhicules et boites à lettres de La Poste, les véhicules de secours aux  "normes" européenne. Dans le langage courant le jaune est attaché au carton, au métal, au vin, au péril, au pastis, à l'oeuf, au jeu de carte (nain jaune), à la blondeur des cheveux, à la maladie (teint, cirrhose). Les syndicats jaunes, opposés aux syndicats rouges, défendent une action fondée sur la collaboration avec la classe dirigeante et non la lutte des classes. Dans le langage courant "être jaune" signifie être peureux, "être peint en jaune" être cocufié·e, "faire des contes jaunes" dire des choses incroyables, "franchir la ligne jaune" aller trop loin, "rire jaune" rire de façon contrainte. Faisant ainsi virer le jaune au jaunasse les proverbes ne sont pas en reste avec "Tout semble jaune pour celui qui a la jaunisse" et bien sûr "Mieux vaut rester rouge cinq minutes que jaune toute sa vie."... 


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.
Jn-Mc
 Source Illustration : Blog Wilgat Lerat Guy 

mardi 18 décembre 2018

Ils s'appelaient Antonio et Bartosz...

Salut & Fraternité,

          Venu à Strasbourg pour couvrir l'assemblée plénière du Parlement Européen Antonio Megalizzi, journaliste originaire du Trentin au Nord-Est de l'Italie, est la quatrième victime de l'immonde propagande bondieusarde qui, inscrivant le mal dans le vide de sa pensée, a transformé un voyou notoire en terroriste de trottoir. Il travaillait pour Europhonica, un réseau  européen de radios universitaires auquel collaborait également Bartosz Pedro Orent-Niedzielski dit plus simplement Barto ou Bartek. Les deux hommes étaient liés par une amitié à laquelle Europhonica rendait hommage sur sa page Facebook hier en commençant par "Antonio e Bartek, pur essendo completamente diversi, erano persone molto simili.".    La balle logée dans sa nuque le 11  Décembre a eu raison de lui le 14 Décembre ; il avait 28 ans c.a.d juste un an de moins que son assassin...       




          Bartosz Pedro Orent-Niedzielski, un strasbourgeois arrivé de Katowice a l'adolescence, a rejoint les étoiles le 16 Décembre, jour de l'hommage public rendu place Kléber aux victimes de la barbarie. Touché par une balle dans le front, il est resté cinq jours dans le coma. Repéré par Dominique Klein lors d'une recherche de portraits pour l'émission "Visage d'Europe" produite par Arte. Totalement impliqué dans de nombreuses réalisations culturelles, artistiques et humanitaires, il fut dans les premiers à s'investir dans le projet alternatif de la Maison Mimir. Passionné par la lecture il était, entre autres, à l'origine de Strasbulles le festival européen de la BD francophone créé il y a dix ans. Polyglotte et profondément humaniste il cultivait une vision résolument optimiste et tolérante de l'autre. C'est l'intolérance génératrice d'inhumanité qui, rue des Orfèvres, a mis fin brutalement à sa trajectoire d'étoile filante. Exact opposé de celui qui l'a assassiné il avait 35 ans...       .    



Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc


 Sources Illustrations : it20lines & Livres Hebdo

lundi 17 décembre 2018

En Marx - Des classes sociales

Salut & Fraternité,


          Publiée de 1964 à 1971 par les Éditions Rencontre sous forme de fiches perforées sortant chaque semaine, l'Encyclopédie Du Monde Actuel fut reprise sous forme de cahiers puis de livres dans la Collection Le Livre de Poche. La lecture de l'ouvrage consacré au Marxisme, publié en 1976, n'a aujourd'hui rien d'achronique.

          Au chapitre intitulé "Classes Sociales" nous apprenons que l'explication de la lutte des classes se rencontre déjà chez François Guizot (1787-1874), celui-là même dont on cite à tour de bras le célèbre aphorisme "Éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France." en le réduisant à la simple injonction "Enrichissez-vous !". Le marxisme ajoute à la conception de Guizot la théorie de la fonction économique des classes sociales et fait du conflit entre bourgeoisie et prolétariat le moteur de l'histoire contemporaine. Les classes se forment indépendamment de la volonté des individus et de l'État. C'est la division du travail qui détermine des rapports de commandement et d'exécution ainsi qu'une répartition inégale des produits du travail. Ce phénomène se présente dès qu'un groupe humain créé un excédent de produit sur la consommation. La lutte pour l'appropriation de ce "surproduit" est à l'origine de la division des classes. Tous les rapports de travail, de propriété, de pouvoir, des prestige en dérivent.   

          Les classes dirigeantes se forment de manière empirique. Dans les sociétés asiatiques devant traditionnellement organiser le contrôle des forces naturelles à grande échelle, la classe dirigeante était un appareil bureaucratique devenu propriétaire suprême de la terre. La société antique multipliant les guerres de conquêtes a imposé le mode de production esclavagiste. La société féodale a généré une classe dirigeante issue de la hiérarchie militaire et de la noblesse. Quant à la bourgeoisie, c'est la possession du capital qui lui confère son rôle dirigeant dans l'appareil de production capitaliste. Le prolétariat doit être, selon la conception marxiste, la dernière des classes à subir une domination économique et politique. Née d'une production insuffisante, la division des classes disparaîtra avec l'épanouissement des forces productives. Marx admet l'existence de classes intermédiaires : paysannerie, classes moyennes urbaines et rurales, intellectuels, sous-prolétariat...

          Le schéma marxiste classique est contesté par des sociologues tels que Georges Gurvitch (1894-1965) et Raymond Aron (1905-1983) qui, se refusant à définir les classes par des critères strictement économiques, y introduisent des données psycho-sociologiques rendant leurs frontières beaucoup moins rigides. Les marxistes orthodoxes donnent eux-mêmes aujourd'hui (c.a.d en 1964-71) une définition beaucoup plus large de la classe ouvrière y incluant employés, techniciens, personnels des services. Les révolutions chinoise, cubaine et algérienne ont montré que la paysannerie alliée à certaines couches moyennes pouvait jouer le rôle dévolu par Marx au prolétariat. Des théories affirment (en 1964-1971) que la bourgeoisie est déjà supplantée par une nouvelle classe dominante, celle des organisateurs ou "managers", le sociologue yougoslave Milovan Djilas (1911-1995) estimant que dans les sociétés dites socialistes le prolétariat est dominé par les grands bureaucrates... 

          
Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc


 Source Illustration : Collection Personnelle


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