Place au Peuple

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mardi 11 décembre 2018

Sei die Summe aller Möglichkeiten !

Salut & Fraternité,


          "Sois la somme de tous les possibles !", devise d'Otto Flake (1880-1963) exhumée par Marc Chaudeur dans son blog dès 2011 puis insérée page 149 dans son livre intitulé "Instants d'un Gai Savoir alsacien" publié en 2016, ne cesse de positivement me hanter depuis que j'en ai pris connaissance il y maintenant plus d'un an. Né à Metz du temps du Reichsland Elsaß-Lothringen, co-fondateur de Das jüngste Elsaß au tout début du 20e siècle, employé par la revue Neue Rundschau puis le quotidien Deutsche Allgemeine Zeitung il a en 1933 la "maladresse", sur incitation de son éditeur, de signer "naïvement" la Gelöbnis treuester Gefolgschaft. Signature que d'aucuns mettent sur le compte d'une volonté de protéger son éditeur Samuel Fischer (1859-1934) comme l'a fait également Oskar Loerke (1884-1941) car les noms de ces deux écrivains sont totalement inattendus sur cette liste nazie-phile. L'énergie qu'il met après la Libération à oeuvrer pour la réconciliation franco-allemande ne sera jamais vraiment récompensée à sa juste mesure côté français. 

          "Sois la somme de tous les possibles !" n'a absolument rien à voir avec l'escroquerie intellectuelle de l'en-même-temps macronien. Il s'agit, à mon sens, d'une démarche individuelle potentiellement applicable à un collectif plus ou moins large. Bien au delà des slogans syndicaux ou politiques, nous sommes dans le domaine de la philosophie et, pour reprendre un leitmotiv contemporain, du développement personnel. Être, ou plutôt devenir, la somme de tous les possibles  signifie d'abord reconnaître à chacun son caractère pluriel. Nous sommes plus que nos actions, nos paroles et même nos pensées. Dans l'aventure de la vie, toute ambition d'évolution doit prendre en compte la globalité de l'être, l'éventail des options, perspectives et opportunités qui s'offrent à lui. Ce qui signifie aussi ne pas s'imposer des oeillières et faire preuve d'imagination. Nous voilà très loin du TINA thatcherien duquel le Golden Boy Élyséen n'est pas près de s'affranchir. 

          Nous ne pouvons faire société qu'au prix de la prise en compte de toutes les catégories de population du pays et notamment des moins favorisées qu'il faudrait enfin se résoudre à appeler à nouveau les pauvres. Leur nombre croît à vue d'oeil qu'ils soient travailleurs (et non salariés) pauvres, chômeurs (et non demandeurs d'emploi) pauvres, retraités ou étudiants (et non inactifs) pauvres. Les mots ont leur importance et les premiers de cordée ne méritent cette appellation que s'ils prennent plus de risques que tous les autres car leur expertise est reconnue et donc ils n'ont pas besoin de parachutes dorés, pas de stock-options, pas de comptes dans les paradis fiscaux car leur idéal c'est la montagne pour elle-même, pas la prédation et l'accumulation des richesses pour eux-mêmes au prix du labeur de tous les autres. Un guide de haute montagne, quand il commet une erreur se retrouve devant les tribunaux. Un premier de cordée de la Macronie qui se fait prendre la main dans le pot de confiture ça n'arrive... qu'au Japon. Être la somme de tous les possibles n'est décidément pas l'ambition de Macronimus-Maximus-Imperator qui concède quelques cacahuètes aux gueux mais n'infléchit en rien le cap ultra-libéral qu'il s'est fixé ou plus exactement pour lequel les puissances d'argent l'ont porté au pouvoir. Ne devient pas un grand homme qui veut car encore faut-il en avoir l'étoffe et la fibre dont est fait le Méprisant-de-la-République n'a vraiment rien de naturel, donc de noble pour parler encore plus clairement. Les possibles de donner un tournant à son quinquennat étaient multiples et ne se résumaient pas à des revendications de Gilets Jaunes. Il a préféré les soustraire au lieu de les additionner. C'est petit, très petit, tout petit...



Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc

 Source Illustration : Wikipedia

mardi 20 novembre 2018

30ème jour...

Salut & Fraternité,


          Cela fait aujourd'hui trente jours que des militant-e-s se sont engagé-e-s dans une grève de la faim. Des militant-e-s qualifié-e-s et autoqualifié-e-s d'Anti-GCO alors que leur combat dépasse la question de la construction ou non d'une autoroute supplémentaire. Les enjeux portent, à mon sens, sur les choix de s'engager ou non dans une démarche de transition écologique et de faciliter ou non la genèse d'un scandale sanitaire à venir. "L'inconscient construit une autoroute, le sage plante un arbre.", disent-ils avec raison en associant les actes aux paroles et j'ai envie d'y ajouter, "Les inconscients se baffrent, le sages font la grève de la faim.". 

          De quoi les inconscients se baffrent-ils ? De malbouffe assurément, mais pas que. Ce dont les Pro-GCO et les Sans-Opinion-GCO se gavent n'est pas tant les produits alimentaires de qualité plus ou moins douteuse que d'énergie tant d'origine fossile que nucléaire avec toutes les conséquences que cela implique à court, à moyen  et à long terme. À ceci près qu'avec le nucléaire le long terme peut arriver non seulement inopinément mais en plus durer des milliers d'années. La grève de la faim des militant-e-s que je qualifierait plus de Pro-Transition-Écologique que d'Anti-GCO nous renvoie très simplement à la définition de la croissance. Si nous mettons derrière ce mot l'accumulation des biens matériels et la consommation à outrance son usage est impropre car il s'agit là de décadence et non de croissance. En faisant passer l'avoir avant l'être nous générons l'injustice sociale et organisons notre propre décadence. Autant est-il absurde de revenir au temps des diligences et de l'éclairage à la bougie, autant est-il illusoire de penser qu'on pourra continuer à surconsommer sans conséquences. La création d'une autoroute supplémentaire n'a jamais fait baisser le trafic. Au contraire, ça l'a amplifié par cet effet d'aspiration  appelé trafic induit. 

          Pour making our planet great again il faut repenser nos modes de déplacement et de consommation, pas créer des autoroutes et casser le prix des carburants, même si pour ce dernier le prix du litre relève de la pire injustice sociale. Les grévistes de la faim, méprisé-e-s avec la pire bassesse par le sommet de l'État, nous montrent avec courage la direction à prendre, mais bien sûr les intérêts des puissances d'argent et l'abrutissement des masses ayant pris de telles proportions dans notre société malade de son individualisme forcené, trop peu de nos concitoyens sont prêts à les entendre. Le GCO c'est assurément un gâchis d'argent public et une menace pour la santé publique. Logiquement tout le monde devrait se sentir concerné, notamment en Alsace et plus particulièrement dans la région de Strasbourg. Combien de gilets jaunes y avait-il ce week-end dans la ZAD de Kolbsheim et autour des grévistes de la faim ? Combien dites-vous ? Pardon, je n'ai pas clairement entendu la réponse...    


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc


 Source Illustration : Facebook 

mercredi 14 novembre 2018

Le crétin : du pathos à l'insulte. (2/2)

Salut & Fraternité,

          Alfred-Charles Collineau (1832-1894), médecin et anthropologue du 19ème siècle nous a laissé en héritage plusieurs travaux scientifiques allant de la rhumatologie à la psychiatrie. L'étude intitulée "Le crétin" publiée en 1888, soit trois ans après celle consacrée à "L'idiot", témoigne de la même rigueur scientifique. Remarquable travail de synthèse, il rassemble les connaissances médicales de l'époque sur une pathologie heureusement aujourd'hui quasiment disparue des pays développés mais malheureusement plus que jamais très présente dans le dans le raisonnement de nos contemporains... 


            Certaines causes sont à mettre en lien avec le milieu et d'autres avec les personnes. Ces dernières, selon lui race,  hérédité, immigration, alliances, sexe ont une valeur secondaire. Cependant "il n'est pas de race dans l'humanité qui puisse se flatter d'être réfractaire à la dégénérescence crétineuse.". S'opposant à nombre d'auteurs dont François-Emmanuel Fodéré (1764-1835), Jules Lunier (1822-1885) s'appuyant sur les recherches de six autres médecins il attache une importance médiocre à l'hérédité. C'est là que nous voyons transparaître les causes possibles du crétinisme, pas si évidentes à l'époque. Collineau précise que "des parents sains, ayant engendré des enfants sains, engendrent des crétins, une fois établis dans une région infectée de crétinisme." tout comme "à la condition d'aller passer en lieu non contaminé les derniers mois de grossesse, les mères entachées de crétinisme mettent au monde des enfants qui ne deviennent pas crétins.". Pour ce qui est des alliances l'union entre semi-crétineux et crétineux favorise la genèse de la dégénérescence. Par ailleurs "la disproportion d'âge, la consanguinité, l'ivrognerie, l'état d'ivresse au moment de la copulation ont été, avec raison, invoqués à titre de "facteurs adjuvants.". Idem pour la misère et l'insalubrité. L'immigration, pour Collineau n'a rien de géopolitique mais se réfère tout simplement aux déplacements de populations de zones infectées vers des zones non infectées et réciproquement. Ce qui l'amène à en déduire que "l'endémicité du crétinisme est indiscutable." Par ailleurs, les hommes sont plus touchés que les femmes "dans la proportion de 5 à 4.".    


          Afin de "préciser la nature de l'influence agissante", de nombreux critères environnementaux furent étudiés et "des constatations aussi attentives que contradictoires sont venues saper par la base le fragile édifice des hypothèses en apparence les plus plausibles". On trouve des crétins sous toutes les latitudes et tous les climats. "L'altitude de 1.200 mètres n'est qu'une digue illusoire à l'invasion de l'endémie.". Topographie, accidents de terrain, conditions météorologiques, composition des eaux ne peuvent être à l'origine du crétinisme. Des observations réalisées par Bernard Niepce (1815-1894) à Allevard dans le Dauphiné, laissent penser que la rénovation urbaine respectant les principes des hygiénistes a une incidence positive réduisant considérablement la fréquence d'apparition de cette dégénérescence. Des pointures telles que Louis Delasiauve (1804-1893), Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909), Georges Gilles de la Tourette (1857-1904) ont mis en avant une forme sporadique de crétinerie par des exemples trouvés dans des régions non touchées par le mal, battant ainsi en brèche l'hypothèse de l'endémie. Mais Collineau démontre qu'ils ont confondu idiotie et crétinisme, provoquant ainsi la confusion dans les statistiques épidémiologiques. L'idiot est en termes de déficits l'inverse du crétin, tant physiquement que psychiquement. L'un a une tête allongée, l'autre évasée. L'un a la peau fine et blanche, l'autre terreuse et  rugueuse. L'un conserve quelques virtualités intellectuelles et affectives, l'autre est indifférent et inerte. La présence du goitre n'est pas l'apanage du crétinisme. Les malformations congénitales réduisent, selon Jules Lunier (1822-1885), la durée vie du crétin à un maximum d'une trentaine d'année, sauf cas particuliers des semi-crétins et des crétineux arrivant jusqu'à la vieillesse. "La portée intellectuelle du crétin complet équivaut à celle d'un enfant de quelques mois." La somnolence prédomine, associée à une boulimie et une incontinence. La nosographie du 19ème siècle distingue alors crétins, idiots et imbéciles. Chaque catégorie ayant ses sous-groupes se déterminant beaucoup en fonction du degré d'éducabilité. 

          Mais l'origine du crétinisme, en dépit des nombreux travaux dont il fait l'objet, demeure obscure. Collineau voit en le paupérisme une cause déterminante car génératrice de malnutrition et producteur une "dépression intellectuelle". Pour lui le crétinisme peut graduellement disparaître par "l'amélioration résultant pour l'alimentation d'un bien-être relatif ; le mouvement politique et social qui, en faisant pénétrer la civilisation dans les couches inférieures de la société, les a poussées à une vie intellectuelle plus active et a contribué, de la sorte, à la régénération du cerveau.". Et il termine par "accorder aux infortunées victimes de cette triste et profonde dégénérescence, l'intérêt auquel elles ont droit, c'est en même temps envisager la question sociale sous un de ses aspects poignants.". La carence en iode, dont il ignore encore l'incidence sur la survenue de cette dégénérescence sera mise en évidence au début du 20ème siècle grâce à l'observation de populations vivant en montagne, d'où l'expression "Crétin des Alpes" devenue une des insultes emblématiques du Capitaine Haddock. Découvert en 1811, l'iode fut pour la première fois ajouté au sel non-marin en 1922 par la Suisse qui réussit à faire régresser des pathologies telles que les dysfonctionnements thyroïdiens et le retard mental.

Jn-Mc


 Source Illustration : Collection Personnelle

mardi 13 novembre 2018

Le crétin : du pathos à l'insulte. (1/2)

Salut & Fraternité,

          Alfred-Charles Collineau (1832-1894), médecin et anthropologue du 19ème siècle nous a laissé en héritage plusieurs travaux scientifiques allant de la rhumatologie à la psychiatrie. L'étude intitulée "Le crétin" publiée en 1888, soit trois ans après celle consacrée à "L'idiot", témoigne de la même rigueur scientifique. Remarquable travail de synthèse, il rassemble les connaissances médicales de l'époque sur une pathologie heureusement aujourd'hui quasiment disparue des pays développés mais malheureusement plus que jamais très présente dans le dans le raisonnement de nos contemporains... 

          Pour Collineau, le crétin occupe une place particulière dans la classification des dégénérescences. Remontant à Paracelse (1493-1541) il fait état de la succession des recherches sur le sujet. Faisant remonter l'étymologie du terme, selon Georg Ernts Stahl (1659-1734) aux terrains crayeux (creta) où l'on en rencontrerait un grand nombre, il préfère néanmoins se rallier à celle de François-Emmanuel Fodéré (1764-1835) y voyant "la corruption du mot chrétien : chrétien par excellence, inconscient, impuissant béat.". Reprenant la description physique faite par Jules Lunier (1822-1885) et les travaux de Jules Baillarger (1809-1890), il en dégage un triple constat : excès du développement du squelette dans le sens de la largeur, irrégularité de l'évolution dentaire et nonchalance des fonctions locomotrices conjointement à celles de l'entendement, pour en conclure par le caractère sui generis de cette affection. Bénédict Morel (1809-1873) résume le crétinisme à "une affection du système nerveux cérébro-spinal caractérisée par un arrêt du développement qui imprime à l'organisme un cachet typique et entrave plus ou moins les facultés intellectuelles et affectives dans leur évolution.". Se pose alors la question de l'inné et de l'acquis. Selon Eugène Koeberlé (1828-1915), fort de l'observation de 4.888 crétins sardes, et Henri Dagonet (1823-1902) la pathologie survient in utero et se développe principalement durant les deux premières années de la vie. Le crétinisme peut être classifié selon trois degrés. Ainsi distingue t'on à l'époque les "crétins complets", les "semi-crétins" et les "crétineux", associant déficits physiques et intellectuels. Les premiers étant inaptes à la reproduction, à l'inverse des seconds et des troisièmes. Les troisièmes étant les seuls éducables mais de manière restreinte. 

          Jules Baillarger (1809-1890) précise que dans l'idiotie le seul développement du cerveau subit un arrêt alors que dans le crétinisme c'est tout le système nerveux qui est impacté. D'où l'intérêt porté par la médecine au centre nerveux cérébro-spinal, au squelette et aux parties molles.  "L'asymétrie des hémisphères cérébraux, le défaut de consistance de la masse encéphalique, l'atrophie de la moelle épinière sont des particularités qui sautent aux yeux.". Une observation plus fine laisse découvrir dans certains cas "une pie-mère maculée de tâches laiteuses, indice d'inflammations méningitiques anciennes". Le liquide céphalorachidien en quantité surabondante chez macrocéphales n'atteint pas la normale chez les microcéphales. Cette pathologie d'évolution irrégulière, lente ou rapide n'est pas sans conséquence sur la constitution du squelette. Os des membres et du tronc difformes, trop minces, trop épais, inégaux, rabougris s'associent à une boite crânienne précocement ossifiée mais d'une épaisseur "six fois plus considérable ici que là". Collineau s'appuie alors sur les travaux de chercheurs de renommée internationale tels que Guillaume Ferrus (1784-1861), Albert Eulenburg (1840-1917), Eugène Koeberlé (1828-1915), Rudof Virchow (1821-1902), Vincenzo Malacarne (1744-1816), Josef Barnard Davis (1801-1881).

          Chez bon nombre de crétins l'évolution dentaire tardive et irrégulière demeure incomplète. La contractilité musculaire est d'une extrême débilité et l'inertie habituelle des muscles a pour résultat leur atrophie. Le système pileux est d'une indigence générale. Les tissus graisseux sous-cutanés hypertrophiés donnent à la peau un aspect typique. De nombreuses glandes sont également hypertrophiées. Quant aux organes sexuels, quand ils ne restent pas rudimentaires ils parviennent à des volumes énormes. Collineau relève une fois sur deux la présence d'un goitre concomitamment aux autres signes du crétinisme. Ce qui l'amène à se questionner sur les origines de tels troubles.                                                                                                                                                                                 (À suivre...)


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

 Source Illustration : Collection Personnelle


jeudi 1 novembre 2018

L'idiot : du pathos à l'insulte (2/2)

Salut & Fraternité,

          Alfred-Charles Collineau (1832-1894), médecin et anthropologue du 19ème siècle nous a laissé en héritage plusieurs travaux scientifiques allant de la rhumatologie à la psychiatrie. L'étude intitulée "L'idiot" qu'il publie en 1885 voit le jour seize ans après le célèbre roman de Fiodor Dostoïewski (1821-1881) mettant en scène un prince épileptique à la fois naïf et subtil. Dans une démarche scientifique, Collineau décrit l'un de ceux considérés à l'époque comme des êtres inférieurs.

          Seize types de malformations crâniennes sont alors recensées chez les idiots, Édouard Seguin (1812-1880) affirmant : "Il est de telles sortes de têtes qui emportent nécessairement avec elles l'oblitération mentale dans son expression la plus tranchée.". François Leuret (1797-1851), Gilbert Breschet (1784-1845), Jean-Baptiste-Maximilien Parchappe de Vinay (1800-1866) et Henri Dagonet (1823-1902) apportent, entre autres, leurs contributions à ce travail d'anatomo-pathologiste (pg 7). Infiniment plus rare, l'hypertrophie cérébrale est également documentée, notamment par Jules Baillarger (1809-1890), pour en arriver à la conclusion que l'encéphale des personnes d'intelligence ordinaire est donc plus pesant que celui des idiots (pg 8).

          "Il n'y a que de la pitié à avoir pour ces infortunés dont l'existence végétative et éphémère prend fin, en général, avant l'âge et n'est entretenue qu'à force de dévouement et de soins." écrit Collineau (pg 9) constatant combien cette pathologie impacte ceux qui en sont malheureusement atteints. Mais son caractère possiblement partiel laisse miroiter quelques lueurs d'espoir. Dans 45 cas étudiés en détail par Louis Jean François Delasiauve (1804-1893), il est détectée parmi les virtualités dominantes une étonnante aptitude à la musique et au chant (pg 10). "Dans son inconscience de la portée que peuvent acquérir ses actes, l'idiot n'est cependant pas absolument réfractaire aux procédés de perfectionnement." écrit Collineau (pg 11). D'où la nécessité d'une éducation prônant "l'adaptation des procédés pédagogiques au ressort plus ou moins défectueux de la personne" (pg 11) conclut-il à l'issue de de ce travail de  synthèse dont je vous fais grâce des multiples détails souvent propres à figurer au Musée des Horreurs. Celles et ceux dont ces lignes ont suscité l'intérêt peuvent compléter avantageusement leur lecture en prenant connaissance de l'article du psychologue clinicien de notre siècle Léonardo Arrieta intitulé "De certaines variétés de l'idiotie" publié en 2007 et consultable en cliquant ici.

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

 Source Illustration : BNF



mercredi 31 octobre 2018

L'idiot : du pathos à l'insulte. (1/2)

Salut & Fraternité,

          Alfred-Charles Collineau (1832-1894), médecin et anthropologue du 19ème siècle nous a laissé en héritage plusieurs travaux scientifiques allant de la rhumatologie à la psychiatrie. L'étude intitulée "L'idiot" qu'il publie en 1885 voit le jour seize ans après le célèbre roman de Fiodor Dostoïewski (1821-1881) mettant en scène un prince épileptique à la fois naïf et subtil. Dans une démarche scientifique, Collineau décrit l'un de ceux considérés à l'époque comme des êtres inférieurs.

          Disgracié par la nature tant physiquement que psychiquement, l'idiot est également tributaire de quelques pathologies appelées en ce temps là névroses : épilepsie, paralysie, chorée, contracture des extrémités (pg 1). Les aliénistes, ancêtres des psychiatres d'aujourd'hui, ont de l'idiotie des approches différentes que souligne Collineau. Jean-Étienne Esquirol (1772-1840) voit en eux des pauvres (en esprit) l'ayant toujours été à contrario des déments, riches devenus pauvres de par leurs pathologies dégénératives. Édouard Seguin (1812-1880), surnommé l'instituteur des idiots, se refuse à admettre différents degrés d'idiotie alors que Wilhelm Griesinger (1817-1868) souligne avec justesse que "rien ne diffère d'un idiot comme un autre idiot". Or de Louis Delasiauve (1804-1893) à Scipion Pinel (1795-1859) leur classification passe de trois à sept sept niveaux  (pg 1-3). Pour Henri Dagonet (1823-1902) et Bénédict-Augustin Morel (1809-1873) l'influence de l'hérédité est indiscutable dans la transmission de l'idiotie, mais Louis-Florentin Calmeil (1798-1895) y associe l'appartenance à une famille comportant épileptiques, paralytiques ou aliénés (pg 4). Collineau fait le distingo entre idiotie et crétinisme, à propos duquel il publiera trois ans plus tard, ce dernier ayant un caractère endémique à l'inverse de l'idiotie. 

          Cette dernière a pour caractéristique fondamentale une oblitération mentale traduite par une conformation défectueuse de la tête aboutissant à une malformation tant de l'encéphale que de son enveloppe et du squelette de la face, les manipulations des matrones lors de l'accouchement, voire même l'usage des forceps ainsi que les coutumes consistant à mettre des serre-tête aux nouveaux-nés n'étant pas étrangères à cela. D'où parfois un excès et plus souvent une réduction du volume de la boite crânienne. Frantz Joseph Gall (1758-1828), le fondateur de la phrénologie, s'est évidemment aussi penché sur la question (pg 5). De nombreux savants apportent leurs contributions aux rapports existants entre déficience mentale et altération de la boite crânienne donc de l'encéphale. Jean-Baptiste-Maximilien Parchappe de Vinay (1800-1866) en vient à conclure : "Les têtes d'idiots sont à la fois petites, courtes et surtout étroites." (pg 6) d'où peut être la contemporaine insulte "p'tite tête" faisant aussi allusion à la microcéphalie. (À suivre...)       

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

 Source Illustration : BNF

samedi 19 août 2017

La chasse aux fous est ouverte !

Salut & fraternité,


          Il fallait s'y attendre, mais ça fait tout de même toujours très mal : notre très émotif et facécieux very great ministrer of police déclare ouverte la chasse aux fous. Pas tous les fous car il faut raison garder, mais les fous djihadistes ou les djihadistes fous, c'est selon. Le minister of police, s'assurant le concours de la ministresse de l'industrie pharmaceutique, veut mobiliser les hôpitaux psychiatriques et les psychiatres libéraux pour identifier les terroristes potentiels. Tout le monde sur le pont et sus aux délirants mystiques mais exclusivement islamiques. Il est vrai que la patientèle des hôpitaux psychiatriques et des cabinets de psychiatres libéraux en regorge ! Tout comme il est vrai que seuls les délirants mystiques islamiques sont potentiellement dangereux ! 

          Ce cheval de Troie collombien, malgré sa très grossière facture, va assujettir la psychiatrie au tandem police-justice. Non pas qu'il n'existe aujourd'hui aucun lien car la psychiatrie assure et assume depuis toujours une fonction médico-légale, même si ce n'est pas l'essentiel de son activité. Mais cela n'a rien à voir avec le rôle d'indic dont il est maintenant tout simplement question. Commençons par abattre quelques légendes urbaines et campagnardes. Les délirants mystiques ne constituent pas une population importante de notre patientèle et quand dangerosité potentielle il y a, elle ne concerne pas seulement ceux dont la thématique est islamique. Si vous en doutez, souvenez-vous du très chrétien Anders Brevik. Par ailleurs une construction  délirante bâtie sur et alimentée par des thématiques religieuses ne conduit pas forcément au crime. De plus, on trouve dans les communautés religieuses, toutes confessions confondues, plus de mystiques extrémistes que dans les hôpitaux psychiatriques et chez les psychiatres libéraux. A mon sens, c'est d'abord dans les églises, synagogues et mosquées qu'il faut aller à la recherche d'éventuels terroristes. Mais bien sûr, là on risque l'incident diplomatique et c'est bien plus facile de stigmatiser la psychiatrie, habituel punching-ball des tenants de l'état policier et de l'extrême-droite. 

          Oui, c'est bien de stigmatisation de la psychiatrie dont il est maintenant question et cela sous couvert d'une politique de salut public. Nos décideurs ont-ils pensé à l'impact de cette mesure policière sur l'ensemble des patients, de leurs proches et des potentielles personnes hospitalisées et/ou suivies en cabinet libéral ? Tout les efforts d'humanisation menés depuis des dizaines d'années vont se trouver balayés par la crainte, soit de côtoyer sans le savoir un dangereux terroriste, soit d'être à son insu dénoncé à la police par un psychiatre pétochard. Le travail des psychiatres et des équipes soignantes repose sur la confiance. Quand il n'y a pas ou plus de confiance le soin devient contrainte. Ce qui pour certains cas s'avère néanmoins nécessaire et les hospitalisations sous contrainte, bien qu'heureusement toujours minoritaires, ont déjà fait un bond en avant suite à la très sarkozyste loi de 2011. L'intrusion du tandem police-justice dans la galaxie des structures de soins psychiatriques n'est jamais de bon augure. Le minister of police doit donner aux forces de police les moyens de travailler pour remonter efficacement à la source des problèmes de sécurité publique et non mobiliser autour d'épiphénomènes à grands renforts d'effets médiatiques.      

Que celui qui  a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc 


 Source Illustration : Caradisiac

mercredi 16 août 2017

Huningue virera-t'elle Groningue ?

Salut & Fraternité,

          La presse régionale s'en était inquiétée dès le début de l'année et depuis le printemps c'est fait : Huningue, commune de 7.000 habitants, n'a plus de médecin généraliste. La ville avait pourtant créé en 2014, en concertation avec les praticiens, un pôle santé, leur fournissant ainsi contre rétribution mensuelle un outil de travail pensé intelligemment. Ainsi, tout devait-il aller pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'un des quatre médecins prenne sa retraite, que deux autres décident de partir pour diverses raisons et que le dernier, ne voulant pas assumer seul la charge d'une patientèle accrue par l'absence soudaine des trois autres décide de mettre la clef sous le paillasson. 

          Depuis, la municipalité est en quête de médecin et, d'après le cabinet de recrutement mis sur le coup, ça pourrait prendre un certain temps. Pourtant, seule ville française sur le Rhin, voisine immédiate de Basel (CH) et de Weil-am-Rhein (D), située à l'intersection de trois frontières, Huningue ne manque pas d'attrait. Les deux pharmacies de la ville on lancé une pétition arguant : "Est-il normal que l'Etat paye 9 ans d'études pour devenir médecin généraliste et que les pouvoirs publics ne fassent rien pour vous en proposer à Huningue ?". J'sais pas vous mais moi, j'en reviens toujours aux fondamentaux, à savoir le Serment Hippocrate. Serment qu'ont prêtés tous les médecins et demeurant valable même et à plus forte raison quand ils exercent en libéral. Bien que différant de l'original pour de compréhensibles nécessités d'adaptation à notre époque, le texte simplifié approuvé par le Conseil de l'Ordre dit bien : "Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.". Ce qui, si je ne m'abuse, signifie en clair qu'on ne met pas la clef sous le paillasson, livrant du coup 7.000 habitants à eux-mêmes. 

          Quid de la référence à Groningue (Groninge en v.o), ville hollandaise de près de 200.000 habitants dont la moitié a moins de trente-cinq ans ? Aujourd'hui, tout sépare les deux citées si dissemblables mais hier, en 1826, une épidémie de fièvres dites intermittentes décima 10% de la population de Groningue qui comptait alors 28.000 habitants. Touchant très largement enfants et vieillards, cette vague de fièvres dont on n'identifie aujourd'hui toujours pas clairement les causes demeure un sujet d'étude pour les épidémiologistes. Pour ce qui est des raisons d'une si forte mortalité on retrouve en première ligne le manque de médecins. Ils étaient alors 8 pour 28.000 habitants ce qui fait un ratio de 1/3.500. Aujourd'hui à Huningue nous passons de 1/1.750 à 0/7.000. Si l'Etat ne peut demeurer inactif, il appartient aussi aux médecins de revenir à leurs fondamentaux car, sans la rejouer façon "Pars vite et reviens tard", le déficit de couverture médicale porte toujours préjudice à la santé publique et la prévention n'en est-elle pas un outil majeur ? 


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc


 Source Illustration : Ville de Huningue

jeudi 10 août 2017

Urgentist M.D. vs Nurse : Round One

Salut & Fraternité,

          Dans la nuit du 2 au 3 Août, à la Clinique du Pont de Chaume, aux urgences, une infirmière s'est fait agresser par... un médecin, nous rapportait La Dépêche deux jours plus tard. L'agression du personnel soignant des urgences par des usagers est devenue chose malheureusement peu rare, mais par un médecin c'est nettement moins fréquent. Agression physique s'entend, car pour ce qui est des invectives, des propos dégradants et déplacés, la chose n'est point exceptionnelle car tous les urgentistes n'ont pas le charisme et l'humanité d'un Syamak Agha Babaei. Surtout dans les cliniques privées ou le mandarinat se justifie plus par la marque de la voiture garée sur la place réservée que par la pertinence et le nombre des publications scientifiques.

         Donc aux urgences d'une clinique privée de Montauban une infirmière qui, agissant dans l'intérêt de la personne soignée, préconisait de la transférer vers l'hôpital public eu égard au manque de moyens de la clinique pour faire face à cette urgence. Elle s'est alors vue saisie au cou et plaquée contre le mur par un docteur Mabuse. Cinq jours d'Incapacité Temporaire de Travail, c'est tout de même pas de la p'tite bière, pour une affaire qui aurai pu se terminer par une mise en bière. Mais l'histoire ne s'arrête pas là car, au mépris des plus élémentaires règles de déontologie, pour ne pas dire du plus simple bon-sens, la direction ergote, tergiverse, finasse, pinaille pour au final laisser le bon docteur vaquer à ses occupations habituelles. Non mais c'est vrai quoi, faut pas déconner non plus ! C'est qui qui est le plus diplômé là dedans, médecine et classement ATP compris ? C'est qui qui a fait les plus longues études au prix d'horribles privations pour enfin exercer dans les meilleurs lieux de privatisations ? C'est qui qui, grâce à ses multiples séjours balnéaires de par le monde et dans les meilleurs hôtels, possède les meilleures connaissances ethnographiques ? C'est qui qui, invité régulièrement aux réceptions de l'ambassadeur, où on ne boulotte pas que des boules au chocolat, a le plus d'entregent ? J'ai bien dit d'entregent, pour le reste, c'est vous qui voyez...

          Dénoncé par le PCF82, cet épisode dont nous connaîtrons prochainement la suite grâce à l'implication de la CGT, nous ramène invariablement à la lutte des classes. Non pas que les médecins seraient les exploiteurs et les professionnels paramédicaux les exploités, mais parce que dans le milieu hospitalier comme ailleurs, certains nantis n'ont aucune considération pour les gens d'un niveau social et/ou socio-professionnel inférieur au leur. Mon propos n'est pas d'ouvrir ici le procès de ce docteur Mabuse. Il doit d'abord y avoir enquête et confrontation. Mais pour que cela puisse se faire, la direction de cette clinique privée doit jouer son rôle sans quoi, en se discréditant par son inaction, elle porte atteinte à l'ensemble de l'établissement et à l'image du groupe... ce qui n'est jamais très bien vu par les actionnaires. 

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc


 Source Illustration : Solidaires 44

jeudi 3 août 2017

Holidays without Ronald !

Salut & Fraternité,

          Avec les vacances d'été les american fast food chains font recette : tel mange vite-fait un burger sur l'autoroute, tel y emmène les enfants parce-que-c'est-les-vacances, tel s'y rend pour ne pas avoir à cuisiner parce-que-c'est-les-vacances. Et tout ce petit monde contribue à l'évasion fiscale tout en s'abîmant la santé, à la plus grande joie des financiers et de l'industrie pharmaceutique. 

          Nos aînés ont-ils gagné de haute lutte les congés payés pour que les générations suivantes participent activement durant leurs vacances à l'expansion du capitalisme ? Le temps des vacances est pourtant propice à un retour vers les fondamentaux dont le bien-manger. La question n'est pas tant de cuisiner ou de ne pas cuisiner que de s'alimenter avec du frais produit localement ou de consommer une nourriture standardisée insipide à haut indice carbone. Que l'on parte ou reste chez soi, ce temps de repos peut avantageusement mis à profit pour nous conduire à (re)découvrir la cuisine des terroirs, les producteurs locaux, la restauration équitable, le tourisme solidaire. 

          Lutter contre le capitalisme est un combat quotidien et manger peut prendre l'allure d'un bulletin de vote selon que l'on choisit la soumission au diktat ultra-libéral ou la résistance à la pensée unique. Il nous appartient d'aider nos concitoyens à sortir de l'analphabétisme politique et pour ce faire, commencer par prendre conscience de la portée des actes les plus courants du quotidien peut s'avérer bien plus efficace qu'un long discours sur le CETA. L'expression "voter avec ses pieds" pourrait se conjuguer avec "voter avec ses dents"...

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

 Source Illustration : Ruthe. de

mardi 1 août 2017

Que fleurissent plusieurs Foucherans !

Salut & Fraternité,

          Il ne faudrait surtout pas croire que la lutte des aides-soignantes de Foucherans est un épiphénomène monté en épingle par les média avides de sensationnel. Quand j'écrivais dans un précédent article qu'il ne tient qu'à nous de rendre l'avenir lumineux en faisant fleurir deux, trois, plusieurs Foucherans à la surface de la France, je pensais aux grèves engagées en 2019 par les personnels de la Maison de Retraite Résidence des Carmes à Bordeaux et de l'Ehpad de la Savane à Gujan-Mestras.  

          A chaque fois, ce sont les aides-soignantes qui initient les mouvements et en deviennent les fers de lance ; d'où la question perfide : "Dans la galaxie de travailleurs du secteur sanitaire et social, la capacité d'indignation et de mobilisation serait-elle inversement proportionnelle au niveau d'étude et à la condition sociale des professionnels ?". Parce que dans les structures accueillant des personnes âgées, interviennent aussi des infirmières et des médecins. Alors, ces derniers auraient-ils de la merde dans les yeux ou détourneraient-ils pudiquement leurs regards ? Mon propos volontairement provocateur n'est pas d'opposer les professionnels mais de réveiller ceux qui dorment.


         Dans les structures d'accueil pour personnes âgées, les aides-soignantes passent la plupart de leur temps de travail auprès des résidents. Elles peuvent mieux que quiconque juger de l'insuffisance des moyens mis à disposition pour assurer des soins de qualité. Cependant les infirmières qui, par manque d'effectif, dispensent des soins techniques à la chaîne au mépris des procédures élémentaires de sécurité n'ont pas à ma connaissance fait voeu de silence. Les médecins salariés ou libéraux qui encaissent traitements mensuels ou consultations et vacations dans ces structures ont jusqu'à preuve du contraire prononcé le Serment d'Hippocrate. Si le potentiel d'indignation est indéniablement plus sensible chez les aides-soignantes, la capacité de mobilisation et de réussite de futurs mouvements dépendra de tous. Les puissances d'argent ont maintenant à la manoeuvre dans ces établissements privés ont maintenant identifier la dangerosité des aides-soignantes. Comme d'habitude, elles vont maintenant s'efforcer de les isoler et c'est là qu'il nous importe à tous d'être plus que jamais solidaires. 



Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

 Sources Illustrations : France 3 et Sud Ouest

samedi 29 juillet 2017

Foucherans : le retour de la lutte des classes.

Salut & Fraternité,


          La grève des aides-soignantes de l'Ehpad des Opalines à Foucherans (39) a connu hier son terme à l'issue de 117 jours de lutte. Une lutte de classes comme l'a dit sur France Inter Anne-Sophie Pelletier, porte parole des grévistes. Bizarrement le terme n'est plus repris que par l'humanité (cliquez ici), pourtant elle l'a dit et je l'ai bien entendu à la radio !

          "C'est chouette, une lutte des classes qui gagne !" s'est-elle exclamée et pour cause. La bataille des aides-soignantes de Foucherans témoigne particulièrement bien de la lutte entre les puissances d'argent et les petites gens. Vous savez ces gens qui terminent leurs vies de en Ehpad, soignés par des professionnels de la santé qui s'esquintent par manque de moyens et du coup se rendent par leur silence tous complices d'une maltraitance institutionnelle généralisée. Cela, les aides-soignantes de Foucherans l'ont refusé et leur lutte contre les puissances d'argent a payé. Comme le dit aussi Anne-Sophie Pelletier, le débat est maintenant ouvert et on entendra encore parler d'elles.

          Les trois semaines de congés payés exceptionnels et les 450€ de prime lâchés par la direction n'étaient pas pas leur but principal lorsqu'on reprend l'historique de la mobilisation qui a duré plus d'une saison mais elles les méritaient néanmoins. Le déblocage de deux postes supplémentaires va contribuer à changer la donne mais nous sommes encore loin du compte. Si, comme le disait Gandhi on peut juger de la grandeur d'une nation à la manière dont elle traite les animaux que dire d'une société où les vieux sont souvent moins considérés que les animaux ? C'est ce qui a motivé la mobilisation des aides-soignantes et par leur détermination elles font honneur à l'ensemble des professions paramédicales. Pour la petite histoire, ces aides-soignantes à la formation desquelles j'ai le bonheur de participer depuis près de vingt ans, sont souvent mal considérées par les autres professionnels paramédicaux. Vues par certains plus diplômés comme des OS ou tout au plus des OQ des soins de base elles montrent et démontrent à tout le monde qui défend les valeurs humanistes dont nous nous réclamons tous. Là aussi, nous assistons en quelque sorte à une chouette lutte de classes qui gagne !

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc


 Source Illustration : France Bleu

lundi 24 juillet 2017

Ottawa nous montre la voie

Salut & Fraternité,

          Le ministre de la santé de l'Ontario a annoncé hier le financement de vingt intervenants en santé mentale et infirmiers auprès de la Nation Première Pikangikum touchée par une vague d'actes suicidaires provoquant récemment la mort de quatre jeunes. En 2016 un incendie causant la perte de neuf personnes avait endeuillé cette communauté comptant 2.100 membres et les suicides y étaient déjà fréquents. D'après Le Devoir, 380 personnes sont en demande d'un suivi psychologique soit 18% de la population. Le gouvernement fédéral s'engage à débloquer 1,6 millions de dollars soit plus de 700 dollars par membre de cette communauté. 

         Vu d'ici, 700 dollars par tête de pipe en vue de la prévention du suicide ça semble peu en regard du coût d'une consultation chez un psychiatre installé en libéral. Par contre, replacé dans la perspective d'une politique de santé publique c'est pas juste une cacahuète jetée négligemment au petit peuple. Ce pays qu'il serait saugrenu de qualifier de communiste, ce pays au système de santé cependant plus proche du notre que de celui des USA, ce pays monarchique membre du Commonwealth et donc aux antipodes de notre Révolution de 1789, nous donne aujourd'hui une sévère leçon de savoir vivre. Quand en France les salariés d'un opérateur de téléphonie se suicident par vagues, son Iwwerzwaricher Steermëliker de PDG parle d'une mode et s'en soucie autant que de sa première cravate. Quand en France on dit suicide, la réponse immédiate est, pour la plus grande joie des actionnaires de l'industrie pharmaceutique : an-ti-dé-pres-seurs ! 

         Il serait grand temps qu'on arrête de copier les inepties que nous apporte des USA le Gulf Steam pour enfin regarder de près ce que peut nous apprendre un pays non réductible au seul CETA. Dans les domaines des soins infirmiers et des programmes de santé communautaire le Canada se distingue depuis toujours. Ainsi la récente décision du ministre de la santé du gouvernement de l'Ontario prend-elle tout son sens. L'article du Devoir ne s'attarde pas sur les causes de cette vague de suicides mais pointe les moyens mis en oeuvre pour l'enrayer. Ici, dans pareil cas, nous dégoisons et spéculons indéfiniment sur les causes afin de ne surtout pas évoquer les moyens d'agir car cela impliquerait de revoir les budget à la hausse...  


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc

 Source Illustration : Journal le Nord

vendredi 7 juillet 2017

simoneveil.com : Ah les cons !

Salut & Fraternité,

         Fiers de leur détournement de l'image de Simone Veil partagée par nombre d'internautes de bonne foi (cliquez ici), des militants anti-IVG ont maintenant déposé le nom de domaine simoneveil. com (cliquez là). "Les cons ça ose tout. C'est même à ça qu'on les r'connaît." faisait dire Michel Audiard à Lino Ventura alias Fernand Naudin dans Les Tontons Flingueurs en 1963. Depuis, Il faut bien reconnaître qu'on n'a pas su mieux décrire l'espèce. A y réfléchir, je préfère de loin l'imbécillité brute du "Elle aurait du crever dans les camps cette salope de Veil et ne jamais en revenir." entendu en 1975 à cette immonde manipulation facilitée par la puissance de la technologie de 2017. Il y a une quarantaine d'années on gueulait son mépris à qui mieux mieux depuis le pas de sa porte et à qui voulait bien l'entendre. Ce qui du reste demandait un certain courage  en imposant d'agir à visage découvert. Aujourd'hui, par le truchement du virtuel, on peut agir masqué afin de manipuler des personnes que leur état fragilise. En fait, on n'a pas seulement affaire à des cons mais à des sales cons.

          "Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera un drame." affirmait le 26/11/1974 devant une assemblée très largement masculine celle qui est fort heureusement revenue des camps. En trois phrases elle avait tout dit et je peux témoigner qu'au cours de mes années d'exercice professionnel rien ne n'a encore infirmé ce constat. L'avortement demeure un choix douloureux pour les femmes, voire même pour les couples quand il est décidé communément. "Alors pourquoi le font'ils ?", entends-je susurrer les culs-bénits la bouche en coeur et l'index accusateur, quand ils n'usent pas tout autrement de ces trois parties de leur anatomie. Lorsque je recueille le témoignage d'enfants non-désirés dont certains sont nés suite à une relation incestueuse ou un viol, quand je mesure l'impact que cela a eu sur leurs vies à jamais morcelées, quand je perçois ne serait-ce qu'une infime partie de leur immense souffrance, je comprends pourquoi des femmes ont recours à l'avortement. 

         L'avortement n'est pas un moindre mal mais un mal nécessaire dont nous pouvons réduire la pratique en développant l'éducation sexuelle et la contraception. Ne laissons pas cette responsabilité parentale et éducative à jeveuxducul. com et mesmedoc. com ! C'est pourtant ce qui se pratique de plus en plus et les grenouilles de bénitiers, quand elles s'y attellent, ne font pas vraiment avancer le schmilblick ! Au 21ème siècle, j'entends encore des jeunes filles issues de milieux non-défavorisés me rapporter les recommandations de leurs parents pourtant instruits : "Je ne veux rien savoir. Tu fais ce que tu veux. Tu te débrouilles mais tu ne reviens pas enceinte à la maison.". Comme si la grossesse était le seul risque d'une sexualité sans moyens de protection ! Comme si la liberté était une garantie de prise de responsabilité ! Comme si l'éducation se réduisait à des interdits ! Cette putain de culture de l'interdit dont se prévalent les culs-bénits de tous crins au nom d'un Dieu qui les conchie tant ils se prétendent odieusement être faits à son image...     


Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.


Jn-Mc

 Source Illustration : Nawak Illustration 

jeudi 6 juillet 2017

Soyons les perturbateurs du système !

Salut & Fraternité,

         Une fois de plus, les lobbies ont eu raison de l'Europe et ce coup-ci en faisant céder le maillon faible qu'est la France macronique via son fringant Ministre de la Transition Écologique et Solidaire. Les actionnaires peuvent être tranquilles pour un bon moment car ce n'est ni pour aujourd'hui ni même pour demain que se déploiera une véritable politique de santé publique ciblant les perturbateurs endocriniens. "Gouverner c'est prévoir" disait benoîtement le très peu connu Émile de Girardin. "Gouverner c'est mettre vos sujets hors d'état de vous nuire et même d'y penser." affirmait perfidement le mondialement connu Nicolas Machiavel. L'Europe des stock-options et de la cooptation des nantis opte encore et toujours pour la gouvernance machiavélienne. "The thing that hath been is that wich shall be ; and that which is done is that which shall be done : and there is no new thing under the sun." pontifiait le Roi Salomon en des temps plus reculés. 

          Mais ça c'était avant, avant qu'un bouffon mis trop tôt hors jeu nous rappelle une vérité première : "Mais vous n'êtes pas raisonnables non plus ! Quand on pense qu'il suffirait que les gens arrêtent de les acheter pour que ça ne se vende plus...". Devons-nous attendre un sauveur suprême ? Non, assurément, sauvons-nous nous-mêmes nous pouvons agir par le boycott comme nous invitent le associations de consommateurs et les mouvements écologistes. Il existe maintenant le i-boycott, nous pouvons être les patrons, alors passons à l'action et agissons contre actionnaires et réactionnaires. Le progrès social ne tombe pas du ciel mais il vient des damnés de la terre ! Pourquoi faut-il encore et toujours le rappeler ? "Mais vous n'êtes pas raisonnables non plus !" disait Coluche, alors soyons passionnément raisonnables et faisons aux tyrans rendre gorge.

         Si nous comptons sur notre président, son gouvernement et leurs parlementaires godillots nous allons encore en bouffer longtemps des perturbateurs endocriniens ! C'est à nous et à nous seuls qu'il appartient de perturber le système capitaliste en s'attaquant à l'un de ses piliers : la consommation. Commençons par attaquer le système par sa base plutôt que de chercher bêtement à en atteindre le sommet par nature inaccessible. Chaque ticket de caisse est un bulletin de vote ! Prenons-en pleinement conscience et agissons en parfaite connaissance de cause. Seul notre choix de la passivité nous oblige à subir. Puisque l'Europe et la France se couchent devant les lobbyistes soyons plus lobbyistes que les lobbyistes. Les millions que nous sommes valent infiniment plus qu'une poignée de crétins surdiplômés et humainement en dessous de tout !  

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

Jn-Mc

Source Illustration : over blog